Les médias comme caisse de résonnance des discriminations à l’égard des personnes LGBTQIA+

L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) nous alertait sur les cas de violences et de discrimination à l’égard des personnes LGBTQIA+ particulièrement préoccupants, la semaine dernière dans un communiqué de presse[1]. Leurs derniers chiffres, ainsi que ceux d’Unia, démontrent que les cas de discriminations et de violences envers les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes, persistent. « En 2024, Unia a clôturé 136 dossiers en lien avec l’orientation sexuelle. Ils présentent une particularité : les discours et particulièrement les actes de haine y sont beaucoup plus fréquents que dans les dossiers concernant d’autres critères protégés par la loi. Ainsi, en 2024, Unia a enregistré 35% de dossiers qui concernaient des actes de haine à caractère homophobe, lesbophobe ou biphobe. On y recense plus d’un tiers d’agressions avec coups et blessures et une proportion similaire de cas graves de harcèlement. » De plus, l’institut note que les personnes trans sont particulièrement ciblées par ces discriminations. 

 

Les médias, amplificateurs des discours de haine

L’IEFH pointe notamment le rôle des médias dans ces actes LGBTQIA+phobes. « Les réseaux sociaux et les médias sont une caisse de résonnance du mouvement anti-genre qui tend à remettre en question l'existence-même des personnes trans. Plus insidieusement, les discours de haine ne sont pas toujours explicites. Ils peuvent prendre une forme humoristique ou parodique : ils entretiennent néanmoins un climat transphobe et banalisent les comportements haineux. »

La même semaine, dans un article du Vif[2], le chercheur David Paternotte affirmait que les personnes trans étaient aussi désignées comme une menace exagérée pour la société, voire des boucs émissaires, « provoquant un emballement médiatique et politique disproportionné par rapport aux faits. Selon lui, ces rhétoriques, portées par des figures politiques ou relayées par certains médias, entravent le travail de sensibilisation et banalisent les discours de haine. » 

Cet emballement médiatique a un effet direct sur l’opinion publique car il libère la parole. Ainsi, « ce qui était auparavant inacceptable – les blagues, les propos hostiles, voire les agressions – redevient possible. Si ce climat se maintient, on peut craindre qu’en dix ans, l’homophobie et la transphobie connaissent une recrudescence, car des idées que l’on croyait dépassées redeviennent légitimes dans l’espace public. » 

 

Journalistes, informez-vous ! 

Invisibiliser, mal nommer, stigmatiser, ou encore relayer les discours haineux à l’encontre des personnes LGBTQIA+, constituent des formes de discriminations souvent minimisées. Représenter ces communautés dans l’actualité donne de la perspective et évite la désinformation. Aborder de manière adéquate les réalités de ces communautés dans nos médias permet une meilleure représentation de la société, sans perpétuer des formes de LGBTQIA+phobies, ni de violences sur les personnes concernées. 

En 2023, l’AJP avait publié des recommandations et lexique à l’attention des journalistes : Informer sur les thématiques LGBTQIA+.


 

[1] IEFH, 12 mai 2025, communiqué de presse : Les cas de violences et de discrimination à l’égard des personnes LGBTI+ sont particulièrement préoccupants https://igvm-iefh.belgium.be/fr/presse/les-cas-de-violences-et-de-discrimination-legard-des-personnes-lgbti-sont-particulierement

[2]Le Vif, 16 mai 2025, Masculinisme, réseaux sociaux, discours «anti-woke» : la Belgique n’est pas à l’abri d’une évolution négative sur les droits LGBTQIA+ https://www.levif.be/societe/masculinisme-reseaux-sociaux-discours-anti-woke-la-belgique-nest-pas-a-labri-dune-evolution-negative-sur-les-droits-lgbtqia/